
Cela va faire une semaine que la tragique nouvelle m'a été annoncée... Les plaies se cicatrisent lentement mais restent à vif. Il est toujours difficile d'écrire sur un ami, un membre de sa famille ou un proche disparu trop tôt. Une boule au ventre se forme, comme un cyclone qui tourbillonne au milieu de vos intestins. Votre gorge se noue et vos yeux lâchent quelques perles d'eau salée.
Oui... Une chose facile se transforme en une véritable épreuve. Il faut donc se battre pour surmonter la difficulté, la douleur, la peine... Il faut également se soutenir et se venir en aide les uns les autres... A plusieurs on est plus fort.
Alors oui... Cette fois, les mots ne sont pas venus facilement pour Olivier "The Boss" Douce. Il a cependant pris son courage à deux mains et a décidé de prendre son temps pour rédiger un hommage touchant, poignant... Comme à son habitude, Olivier laisse parler son cœur même si cette fois, ça fait mal... El Capitano mérite cet hommage, mérite ces quelques phrases, mérite que l'on se remémore quelques beaux souvenirs.
Alors forcément, quand on connaît un peu la littérature ou le cinéma, le surnom d’Éric inspire... On se souvient de la dernière scène du film culte Le Cercle des Poètes Disparus. Le professeur John Keating, incarné par Robin Williams, quitte définitivement sa classe, ses élèves. L'émotion est grande car le partage entre le professeur et ses "disciples" était réellement intense. Un élève se lève, et se met debout sur sa table. Puis un autre, puis plein d'autres... Un salut plutôt militaire et cette phrase qui nous prend aux tripes : O Captain My Captain... Une image forte qui correspond merveilleusement bien à la situation actuelle.
Je ne vais pas m'étendre avec une longue introduction... Pas la peine, pas nécessaire... Le texte d'Olivier, père de la famille Poker Leaders, se suffit à lui-même. Je tiens donc à le remercier pour ce papier émouvant. Il aurait sûrement voulu écrire ce texte au présent et nous aurions probablement aimé ne jamais le lire.
Message reçu le 21 décembre 2011 à 15h14
Au revoir Ô Capitaine! Mon Capitaine!
J’ai rencontré Éric pour la première fois à Deauville en 2010.
J’avais déjà l’impression de le connaître tellement Bruno m’en avait parlé.
" Tu sais mon pote Éric il a gagné ceci, tu sais mon pote Éric il est premier Français en ce moment, tu sais mon pote Éric... ". Moi qui pensais être la star de Bruno après ma performance miracle à Monaco, il était clair que manifestement j’étais détrôné.
Je rencontrais donc, enfin, Éric dans le joli cadre du Casino de Deauville lors de l’EPT.
C’était le premier tournoi officiel de la Team Poker Leaders et notre Youki national, qui est vif, l’avait déjà approché pour savoir si l’aventure pouvait l’intéresser. Ce qu’il me confirma à partir du moment où l’on envisageait d’ouvrir une room. Hé oui, il était comme ça Éric et ne se donnait pas aussi facilement au premier venu.
Nous flirtâmes donc quelques mois, en tout bien tout honneur, avant d’annoncer notre mariage officiellement à San Remo en avril. Éric devenait Capitaine de la Team.
Il emmena avec lui dans l’aventure ce personnage aussi étonnant que talentueux de Volty pour assurer les coverages et animer le site d’informations.
Bruno embarqua dans la foulée, peut être de peur qu’à mon tour je lui prenne la tête en lui rabâchant " Tu sais mon pote Éric... ".
Derrière, il y a eu tous ces déplacements et ces tournois, pendant plus d’un an et demi, parsemés de joies et de déceptions pokeristiques, mais surtout de rires, d’amitiés et de partages.
Éric était - c’est difficile de dire était en parlant de lui - il était de ces hommes qu’il faut apprivoiser. Avenant certes, qui au départ gardait une distance, mais qui, en revanche, une fois qu’il vous avait accordé sa confiance... Hé bien c’était gravé à jamais. On sentait bien que sa pudeur naturelle, une certaine retenue, le forçait à détruire au bulldozer la carapace qui le protégeait. Mais dès qu’il ouvrait son cœur il dévoilait sa sensibilité et sa générosité d’âme. J’ai eu la chance de vivre avec lui quelques uns de ces moments privilégiés notamment l’été dernier à Vegas lorsqu’il a appris que sa fille Ingrid avait son BAC. Il était tiraillé entre l’envie de sauter dans un avion pour la serrer dans ses bras et le respect de son engagement vis-à-vis de la Team. L’homme de parole prit le dessus car même si ça lui en coutait la parole primait.
Intelligent, réfléchi, bourré d’humour et homme de cœur, j’ai toujours été fasciné par son sens de l’observation, ce qui contribuait à en faire un grand joueur. Je l’ai toujours vu, dans les différentes réunions que nous avons pu avoir, d’abord écouter et observer pour ensuite vous sortir une analyse juste et précise.
Comme pour moi - sans doute mon coté un peu paternaliste - Poker Leaders était, est et restera bien plus qu’une Team, mais une deuxième famille pour lui.
Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas lui avoir écrit ses mots au présent. J’attendais la victoire, le titre qu’il aurait forcément eu alors qu’en fait il avait déjà gagné nos cœurs.
Une citation dit qu’une joie partagée est une double joie, un chagrin partagé est un demi-chagrin.
Je souhaite de toutes mes forces que cela se vérifie pour Ingrid et Meryl, ses filles chéries, et tous les siens. Que la multitude des témoignages puissent adoucir la peine.
Nous, nous allons continuer notre chemin, continuer le parcours du combattant pour obtenir l’agrément et enfin ouvrir cette room que tu souhaitais tant. Sans toi ce ne sera plus jamais pareil mais je sais qu’une petite voix me dira " Vas y Boss! Bats-toi! Je suis là!!! "
Pour finir j’ai retrouvé le poème de Walt Whitman rendu célèbre par le film Le Cercle des Poètes Disparus. Je vous l’avoue je ne l’avais pas lu avant malgré avoir vu ce film magnifique. Si vous prenez le temps de le lire la correspondance m’a interpellé.
Ô Capitaine! Mon Capitaine!
Ô Capitaine! Mon Capitaine! Fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;
Mais ô cœur! Cœur! Cœur!
Oh! Les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.
Ô Capitaine! Mon Capitaine! Lève-toi et entends les cloches !
Lève-toi - c'est pour toi le drapeau hissé - pour toi le clairon vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés - pour toi les rives noires de monde,
Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi;
Tiens, Capitaine! Père chéri!
Je passe mon bras sous ta tête!
Ces quelques rêves que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.
Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie,
De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné;
Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches!
Mais moi d'un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.



